Épisode 2 : Deux frères à Paris (partie 1)

1900. Dans le train qui l’emmène de Nantes à Paris, Alexis Biette garde les yeux fixés sur la petite montre à gousset qu’il a sorti de sa poche. Il calcule : le contrôleur vient de passer dans les voitures pour annoncer une arrivée à la gare Montparnasse dans une demi-heure, ce qui portera le temps total du trajet à 5 heures et 39 minutes précisément. Sachant que le trajet est long de 423 kilomètres, cela fait une vitesse moyenne de… voyons voir… environ 75 km/h ! C’est tout bonnement épatant. Quand on sait qu’il fallait environ 13 heures pour faire le même trajet il y a 50 ans, et plus d’une semaine il y a un siècle, on ne peut que se réjouir des progrès de la science. Et ce plaisant sentiment de modernité n’est pas près de s’arrêter : Alexis est en direction de l’Exposition Universelle de Paris, là où toutes les Nations du monde viennent présenter leurs avancées et découvertes. Il se réjouit d’avance à l’idée d’arpenter les nouveaux bâtiments construits pour l’occasion et d’y découvrir des merveilles. Il lève les yeux et son regard tombe sur son frère, Henri, avec qui il s’est associé il y a déjà dix ans. Il est endormi contre la vitre. Alexis sourit : comment peut-on dormir alors que le monde progresse si rapidement ?


Quelques heures plus tard, dans la section 90 du palais de bois et de staff qui accueille les manufactures françaises sur l’esplanade des Invalides, Alexis et Henri ont achevé la décoration du stand Biette. Il faut dire qu’ils ne sont pas là en tant que simples visiteurs : ils sont exposants et espèrent bien remporter une nouvelle médaille pour leurs parfums. Mais le jury ne passera que demain. En attendant, ils
ont quartier libre, et les options pour occuper cette chaude après-midi d’août ne manquent pas. Grâce à la plateforme mobile – appelée « Rue de l’Avenir » – qui permet aux visiteurs de parcourir l’exposition à une vitesse de 8,5 km/h, ils traversent le pont Alexandre III, tout juste achevé, et atteignent rapidement la Nouvelle Avenue. D’un pas léger, les deux hommes descendent de la plateforme et s’arrêtent un instant devant le Grand Palais.


« Quel style ! Murmure Henri comme pour lui-même. »


Alexis hoche la tête. Féru d’art, il a bien l’intention d’aller visiter le bâtiment. Mais pour l’heure, une innovation d’un tout autre genre attise sa curiosité : le Métropolitain. Inauguré il y a tout juste un mois, il traverse Paris d’est en ouest, et l’une des stations qu’il dessert se trouve là, à quelques pas. Elle s’appelle Champs-Elysées, en raison de son implantation à proximité de la célèbre avenue. Les deux frères s’approchent. L’entrée est marquée au moyen d’un lampadaire vert dont la ligne est interrompue par une cartouche. Sur celle-ci, c’est dans une fonte toute particulière que se détachent, en blanc sur un fond rouge, les lettres formant le mot « MÉTRO ». Le tout rappelle la nature, sans qu’Alexis ne puisse réellement déterminer ce qui est représenté. D’un regard entendu, les deux frères empruntent l’escalier qui les invite à découvrir un monde nouveau.


À suivre …