Belles histoires

La Gazette AB

Journal de bord

Portraits de Fleurs

Iris Pallida

Quand nous pénétrons dans la demeure d’Iris, nous sommes conduits dans un petit salon qui donne sur le jardin. Une agréable odeur flotte dans l’air,

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Violette

En arrivant aux abords du joli village dans lequel nous avons rendez-vous, nous sommes frappés par la délicatesse de l’architecture des maisons. Celle de Violette n’échappe pas à la règle : son perron baigné de la douce lumière de mars est comme une invitation à la découverte de plaisirs raffinés. Il ne fait pas très chaud, et c’est avec joie que nous nous installons auprès de la cheminée dans le salon de notre hôtesse du jour. Charmante, elle nous propose de déguster des fleurs de violette cristallisées dans du sucre, comme un clin d’œil à la discussion que nous allons entamer. Nés en Égypte il y a bien longtemps, les premiers membres de la famille Violette, qui tirent leur nom du latin Viola Odorata, sont ensuite partis explorer le monde. Aujourd’hui, les Violacées ne comptent pas moins de 500 branches, répandues sur toute la surface du globe. Violette, viola, violacées…

Nous posons alors la question qui nous brûle les lèvres : est-ce le nom de la fleur qui vient de la couleur, ou l’inverse ? Le Grand Robert qu’elle va chercher dans sa bibliothèque nous donne la réponse : la couleur « violette » est dérivée de l’ancien français viole, lui-même issu du latin viola qui signifie… violette. À l’origine, c’est donc le nom même de la plante qui a donné celui de la couleur de sa fleur. Ainsi, l’histoire de Violette remonte aux débuts des écrits de l’humanité. Cette histoire a laissé des traces. Récits mythologiques, bibliques : tous font de Violette une figure à part entière. Dès lors, elle intervient dans l’aventure d’Io, jeune maîtresse de Zeus transformée en génisse pour la préserver des foudres d’Héra, mais qui n’aimait pas les grossières herbes des prés ; Violette fut donc envoyée à leur place afin d’adoucir son malheur. Dans un autre récit, c’est en se laissant enivrer par le parfum de Violette que Perséphone se laisse séduire et enlever par Hadès.

On la retrouve également dans la Genèse : après avoir été chassé du paradis, Adam manifeste son désespoir en pleurant à chaudes larmes. L’une d’elle, touchant le sol, donne naissance à Violette qui devient alors le symbole chrétien de l’humilité. Violette est donc aussi un symbole dans de nombreuses civilisations, voir même des symboles, à la signification parfois radicalement opposée. Ainsi, alors que les Grecs antiques l’invitaient près du berceau des nouveau-nés pour leur souhaiter prospérité et bonheur, la présence de Violette était signe de regret, de pénitence et de deuil chez les Romains. Et si elle a disparu des cortèges funèbres, on la retrouve dans la chrétienté d’aujourd’hui : elle a légué sa couleur à la soutane des évêques.

Elle a également accompagné la vie de certains personnages historiques : favorite de Marie-Antoinette, signe de ralliement pour les partisans de Napoléon, Violette se distingue chez les Dieux, chez les Grands, mais aussi chez les hommes du peuple. Ainsi, dans la vie terrestre d’il y a plusieurs siècles, Violette était appréciée pour ses talents d’herboriste. On lui confiait le soin de guérir maux de tête, insomnies, maladies de peau ou affections des voies respiratoires ; et les Romains cherchaient réconfort auprès d’elle après leurs nuits de débauches. De soi-disant pouvoirs aphrodisiaques magiques lui étaient attribués au Moyen-Âge : il était donc coutume de coudre quelques-uns de ses pétales dans l’oreiller afin de favoriser les passions amoureuses. Peu à peu, elle a diversifié ses activités : cuisine, confiserie et pâtisserie ont pu ainsi découvrir ses vertus.

En parfumerie, Violette a également fait une entrée remarquée. Les peuples de tous temps apprécient son parfum envoûtant et suave, ses notes boisées, vertes, poudrées. Cependant, il faut préciser que Violette a une particularité : un peu farouche, elle ne se laisse pas approcher bien longtemps. Après la première inspiration, son parfum anesthésie légèrement les récepteurs olfactifs et il faut attendre quelques minutes avant de pouvoir le sentir à nouveau. Dès lors, ce sont plus volontiers ses feuilles que l’on utilise afin d’extraire les molécules odorantes. Humble, fidèle, vive, on a prêté bien des qualités à cette femme à la beauté innocente et à l’âme modeste. Et au sortir de cette fabuleuse (et gourmande !) après-midi, nous serions bien tentés d’ajouter notre témoignage à la longue liste des récits vantant ses mérites, tant nous avons aimé éclaircir avec elle les nombreux mystères qui entourent son histoire

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